Accueil Galerie photo Du tag au graff Le bombage De la rue aux cimaises L'exemple de Montréal Action et sensibilisation Rôle social

 

Du tag au graff

Même lieu d’expression : la rue… même support : les murs… même mode opératoire : le bombage … même usages : l’utilisation de codes accessibles aux seuls adeptes… autant de points communs qui entretiennent la confusion des genres entre tag et graffiti. Pourtant, tous les tagueurs ne sont pas graffiteurs et inversement. Le tag est une signature codée, inintelligible pour les non-initiés ; une « marque » personnelle, véritable signe de reconnaissance, déjà utilisée par les gangs de rue dans les années 50 pour délimiter leur territoire. Plus recherché, moins spontané, le graffiti est une oeuvre picturale fondée sur l’écriture et la représentation de personnages.
Autrement dit, le graffiti demande une véritable réflexion et une recherche esthétique pour faire cohabiter lettrages calligraphiés, fonds colorés et personnages. Le graffiti est d’ailleurs, pour la majorité de ceux qui s’y adonnent, l’aboutissement d’un parcours initiatique débuté par la pratique du tag.
Le mouvement graff est né dans les banlieues particulièrement propices à sa pratique avec leurs grandes tours HLM en béton. Vite sorti de son berceau, il s’est progressivement étendu à toutes les couches de la société, transcendant tous les clivages sociaux, culturels et raciaux. Issu du mouvement Hip-Hop, le graffiti est aujourd’hui autant pratiqué par les jeunes de banlieues que par ceux issus des quartiers plus huppés et représente toute une génération qui, à travers cette culture s’est construit un monde régi par ses propres codes. Graffiter est plus qu'un simple mode d’expression. C'est un mode de vie. Les graffiteurs ont leur langage et leur musique (le rap et le « breakdance »), ils se distinguent par leurs vêtements particulièrement amples (le « fresh ») et pratiquent les sports de glisse, notamment le skateboard. Etre graffiteur, c’est avant tout appartenir à une communauté détentrice de ses mythes et de ses héros.
Les jeunes sont particulièrement sensibles à cette culture qui répond à leurs goûts, à leur besoin d’intensité et d’appartenance à un groupe à un âge où, le passage de l’enfance à l’âge adulte se fait parfois péniblement. La culture Hip-Hop, éminemment urbaine, transcende les difficultés qu’ils connaissent et la pratique du graffiti comme art visuel en est la principale manifestation. Il s'agit d'un défi à l’autorité, d’une volonté de transgresser l’interdit et d’un besoin de "se rebeller" contre le système, la famille ou la société. Le graffiti est une sorte d’exutoire. Marque de révolte teintée de compromis, cette signature est pour les jeunes un moyen de s’affirmer qui n’a pas de précédent.
C’est une revendication identitaire qui s’impose dans la ville, à la barbe des adultes qui n’ont jamais l’occasion d’en apercevoir les auteurs. Une façon pour les uns d’exprimer leur mal de vivre, un moyen pour d’autres de clamer leur existence.

L’art du bombage

Il faut du temps pour maîtriser l’art du bombage. La majorité des graffiteurs s’initient à cette pratique en commençant par taguer. Ils acquièrent ainsi la dextérité nécessaire au maniement de la canette (la bombe de peinture) Cet apprentissage dure en moyenne un à deux ans. Un laps de temps durant lequel l’apprenti graffiteur va peu à peu prendre de l’assurance et s’initier à la réalisation de lettrages parfaitement exécutés : le troop. Cette étape intermédiaire entre le tag et le graffiti utilise une écriture plus organisée répondant à des règles formelles (utilisation de la perspective et des volumes) et exempte de toute spontanéité. C’est après avoir acquis tous les savoir-faire de cette technique que le graffiteur pourra en arriver au graffiti, forme la plus aboutie du tag. Les supports du graffiti sont les mêmes que ceux du troop : les terrains vagues, les murs d’immeubles en construction, les piles de pont, les murs longeant les voies de chemin de fer ou les voitures des rames de métro. Une multiplication de supports interdits qui oblige le graffiteur à agir de nuit en défiant tous les systèmes de surveillance et qui confère au graffiti une image négative. C’est dans ce contexte que certaines municipalités ont négocié avec des graffiteurs (souvent les leaders du mouvement) pour officialiser la pratique du graff sur des supports autorisés : murs, panneaux, etc.

 

Montréal ouvre la voie

Il y a encore une décennie, les graffiteurs montréalais étaient comme tous ceux de la plupart des grandes métropoles. Evoluant de nuit, dans la clandestinité ils n’étaient que des ombres furtives, des artistes anonymes se faufilant à travers les rues pour échapper aux rondes des policiers. Depuis 1997, c’est au grand jour qu’ils opèrent avec l’appui logistique des services municipaux.
Un énorme travail de fonds conjugué à une forte volonté politique ont permis de mettre en place des mesures qui vont au-delà de la simple volonté d’offrir à ces artistes la possibilité de s’exprimer. C’est tout un travail d’insertion qui est mené en partenariat avec les services sociaux de la ville et les associations de travailleurs de rue.
L’art urbain a trouvé sa légitimité !

L’exemple Montréalais

A Montréal comme dans la majorité des grandes métropoles, c’est au début des années 90 que le graffiti sauvage se manifeste de façon importante. Un phénomène qui se singularise par le contexte dans lequel il émerge. A l’époque, médias et publications diverses sont particulièrement réceptifs à ce mode d’expression et à l’image qu’il véhicule.
Des grandes marques comme Nike ou Coca-Cola utilisent le graffiti dans leurs spots télévisés et leurs campagnes d’affichage ; les télévisions lui consacrent des documentaires et utilisent des murs graffités comme décor.
Phénomène culturel, le graffiti fait vendre. Cette exposition télévisuelle permanente en fait un art à part entière, un moyen d’expression légitimé par sa surmédiatisation. Une situation qui précipite le développement du graffiti sauvage de la part de jeunes qui s’identifient à cette culture basée sur l’image et la reconnaissance. La ville de Montréal réagit en décidant d’intégrer ce phénomène grandissant dans sa politique environnementale. L'objectif est double : socialiser les graffiteurs, souvent marginalisés, et permettre la libre expression graphique dans un cadre parfaitement défini. En 1996, les services municipaux lancent la première campagne anti-graffiti. Elle vise non pas à interdire la pratique du graffiti, mais à la contrer là où elle n’est pas autorisée par le propriétaire du mur. Il s’agit plus de condamner les incivilités et le manque de respect du bien d’autrui que de condamner le graffiti en tant que tel.
N'oublions pas que le graffiti, pratiqué en majorité par des jeunes de 10 à 17 ans, est pour la plupart d'entre eux l'expression d'un mal-être au moment du passage de l'enfance à l'âge adulte.
Action et sensibilisation
La première action concrète consiste à offrir aux jeunes des espaces d’expression libres. Ainsi, dans un premier temps, les autorités locales mettent à leur disposition différents murs dits « autorisés » Le réseau compte une dizaine d’espaces muraux répartis sur le territoire montréalais où les jeunes peuvent graffiter en tout temps et surtout en toute liberté. Parallèlement, des négociations sont menées avec les propriétaires afin d’obtenir une autorisation pour graffiter leurs murs. Peu à peu, le dialogue s’instaure entre propriétaires et graffiteurs, les premiers autorisant les jeunes à graffiter sur leurs murs, les seconds respectant le choix de ceux qui s’y opposent. Une nouvelle tendance naît alors avec l’émergence de « commandes » faites aux graffiteurs par des associations de commerçants, voire des particuliers qui ont compris que le meilleur moyen d’éviter les graffs sauvages ou les tags est encore de faire réaliser sur leurs murs des fresques aux qualités graphiques irréprochables. La ville est elle aussi devenue prescripteur en commandant des fresques murales pour agrémenter des murs d’écoles ou de lieux publics. La municipalité travaille aujourd’hui avec un groupe de 5/6 graffiteurs auxquels elle confie ce travail. Ainsi organisé et encadré, le graffiti a trouvé une légitimité et ses auteurs, hier décriés par une grande partie de la population ont gagné une certaine notoriété qui leur permet de vivre de leur pratique artistique. Reconnu comme un art à part entière, le graffiti est ainsi entré dans la cour des grands avec, comme tout autre forme d’art, une cote des graffiteurs.

Du rôle social du graffiti.

Une reconnaissance qui trouve un prolongement dans la politique sociale de la ville de Montréal. Une poignée de graffiteurs, rémunérés par la mairie, anime des ateliers au sein des centres de jeunes. Leur rôle : sensibiliser les adolescents à la pratique du graffiti. Information, historique du graff et apprentissage de la technique…, officiellement, l’objectif de ces ateliers est de former les apprentis graffiteurs afin d’éviter la multiplication dans les rues de Montréal de graffitis de qualité médiocre. Au delà de cet objectif affiché, ces ateliers servent également de prétexte pour déceler les adolescents en perdition et tenter de les remettre dans le droit chemin. Les graffiteurs embauchés par la ville pour animer les ateliers jouent un rôle de « grand frère » Ils sont là pour rappeler combien il peut être dangereux d’aliéner sa vie au graffiti au risque de ne jamais sortir d’un univers codifié qui peut, si l’on n’y prend garde, couper du reste du monde. Un rôle qu’ils se partagent avec les membres bénévoles du « Café Graffiti », sorte de sanctuaire du graff créé en 1997 par des travailleurs de rue soucieux d'offrir aux jeunes un espace de rencontre et de création de projets autour de leur culture commune.
Ainsi, grâce à la ténacité des responsables du lieu, différentes manifestations ont été organisées autour du graffiti. Au total, ce sont plus de 60 événements culturels produits par et pour les jeunes qui prennent forme chaque année.
L'occasion pour les graffiteurs de rencontrer les Montréalais et d’expliquer leur démarche artistique. Ces actions présentent un double avantage. Elles permettent aux graffiteurs d'être reconnus dans le travail qu'ils font et participent à la resocialisation de ces jeunes souvent sortis très tôt du cursus scolaire. “Notre volonté est d’amener ces jeunes à prendre en charge leur vie et à grandir dans la société” explique Raymond Viger, initiateur du "Café Graffiti". “Nous aidons les graffiteurs à trouver des contrats auprès de municipalités ou d'entreprises et nous négocions en leur nom avec ces clients, de sorte que les jeunes voient leur travail rémunéré à sa juste valeur. Ainsi, une firme d’ingénieurs a commandé au réseau une fresque murale visant à stimuler la créativité de ses ingénieurs… une réalisation qui a demandé 6 jours de travail à 13 des graffiteurs du « Café Graffiti » ; le cinéma a fait appel à un autre membre du réseau en lui commandant des décors graffités pour un film d’Eddy Murphy. Par ailleurs, nous éditons un fanzine bimestriel traitant du graffiti, le « Journal de la rue » et nous offrons aux jeunes la possibilité de participer à sa réalisation” Textes, illustrations, développement des ventes, les jeunes sont totalement impliqués dans la réussite du support qui par ailleurs sert à promouvoir leur "art".
C'est en fait un immense travail social et éducatif qui est fait auprès des graffiteurs. Autre volet primordial de la politique menée à Montréal, la prévention. Celle-ci se traduit par la mise en place d'actions auprès des plus jeunes, les graffiteurs de demain. Véritable socle de cette démarche de sensibilisation des 10/14 ans, la bande dessinée intitulée "La bédé des graffiteurs". Chaque planche, dessinée par le bédéiste Jacques Goldstyn, présente un thème différent touchant au respect de la propriété intellectuelle ou mobilière, la sécurité et la prudence. Distribuée dans les lieux publics tels les marchands de disques, les restaurants, les maisons de jeunes ou les centres de sport et de loisirs, la bande dessinée connaît un vif succès auprès du jeune public. La sensibilisation se fait également au sein des établissements scolaires où la ville fait réaliser des murales par des graffiteurs de renom qui du même coup peuvent sensibiliser les plus jeunes à la manière de pratiquer le graffiti dans le respect des règles établies. Si le graffiti sauvage n’a pas totalement disparu, il a cependant nettement diminué au profit de réalisations artistiques qui font de Montréal un musée à ciel ouvert. Reste que la majorité des jeunes qui s’adonnent au graffiti le font pour une période de deux à quatre ans. Le travail initié avec ces jeunes est donc à recommencer avec chaque nouvelle génération qui, de plus, se distingue de la précédente par l’utilisation de nouvelles techniques (lames pour “taguer” sur les vitres, ou rouleaux pour faire des “Block Busters”) "Le bilan de 6 années d'investissement est positif, tant d'un point de vue économique que social. Ce succès se mesure par la satisfaction des jeunes, les débouchés qui leur sont offerts dans le cadre des différentes interventions (emploi ou retour aux études), la mobilisation des jeunes vers des projets bénéfique pour leur communauté et par l'embellissement des milieux de vie" conclut Nicole-Sophie Viau. Et de citer, comme pour étayer son discours, l'exemple de ces architectes qui envisagent d'intégrer le graffiti dans le bâti industriel. Une volonté qui préfigure peut-elle l’émergence d’une nouvelle tendance dont Montréal aura ouvert la voie.

De la rue aux cimaises

Pour la majorité des graffiteurs, le graffiti ne peut exister que dans l’illégalité, considérant que c’est la seule façon de perpétuer leur culture. C’est le caractère éphémère du graffiti, souvent effacé quelques jours après sa réalisation qui en fait un moyen d’expression à part. C’est, pour le graffiteur un besoin irrépressible de braver l’interdit, de ressentir une montée d’adrénaline au moment du bombage qui le poussent dans cette voie avec un objectif principal : se distinguer de la masse ; d’où un acharnement à peindre le plus de graffitis possible afin d’être vu par un maximum de personnes. Dans ce cadre illégal, l’aversion pour les graffitis est proportionnelle au nombre de peintures recouvrant les murs. Des peintures dont l’aspect esthétique n’est que trop souvent relégué au second plan par des graffiteurs tributaires de mauvaises conditions de travail (urgence, obscurité, risques physiques…) La légalisation du graffiti joue donc un rôle primordial dans l’évolution du mouvement en permettant aux graffiteurs de travailler dans des conditions plus confortables et ainsi de produire des oeuvres plus abouties, plus réfléchies, voire longuement préparées. A Montréal, les murs autorisés permettent ainsi aux graffiteurs d’expérimenter de nouvelles techniques et de travailler avec plus de précision leurs réalisations. Les lettrages comme les personnages
et leurs décors sont d’abord travaillés sur papier ; leur positionnement est mûrement réfléchi de manière à donner un équilibre à l’ensemble de la fresque. De plus, le graffiti autorisé n’est plus considéré comme « polluant » par la population, mais est assimilé à l’art mural. Il est dès lors reconnu, on parle de murs peints et non plus de détérioration. Mieux, « l'Art Graffiti » avec ses personnages souvent inspirés des bandes dessinées (visages aux arcades saillantes, enfants chauves ou pin-up au rimmel dégoulinant et au rouge à lèvres flamboyant) se décline sur toiles. A Montréal comme ailleurs, quelques graffiteurs se sont engouffrés dans ce créneau rémunérateur.
Mais pour les adeptes du mouvement, le vrai support du graffiti reste la rue.

Le combat des chefs

Tous les graffiteurs vous le diront, une de leurs motivations premières est de se faire connaître de leurs pairs et surtout d’être reconnus d’eux. La compétition est dure pour sortir du lot. Le meilleur moyen d’arriver très vite à la reconnaissance du milieu et d’acquérir un statut respectable est de faire preuve d’originalité. Il y a donc ceux qui cherchent sans cesse de nouvelles calligraphies et ceux qui provoquent le respect par le risque pris dans le cadre d’une réalisation. L’intérêt du tag est qu’il soit vu non seulement par le tagueur qui l’exécute, mais surtout par les autres tagueurs, qui doivent décoder le nom du partenaire, du rival. Ainsi se déroule dans la ville la petite guerre codifiée entre les tagueurs. Celui qui s’impose n’est pas forcément celui qui tague le plus, mais plutôt celui qui parvient à apposer son tag au bon endroit, de la façon la plus spectaculaire, exposé selon la plus parfaite visibilité. Ainsi, placer son tag dans un endroit idéal devient la grande épreuve du tagueur. Ces immenses lettres peintes au sommet d’immeubles, le commun des mortels les prendra pour l’enseigne de telle ou telle société… il s’agit en fait d’un tag réalisé par un graffiteur dans le seul but de provoquer les autres groupes de graffiteurs. Le message est « j’ai pu faire ça, saurez-vous faire mieux ? » Toujours plus haut, toujours plus gros, toujours plus risqué. Mais, la compétition peut aussi prendre des formes plus subtiles comme ces enseignes de magasins plus vraies que nature et pourtant oeuvres de graffiteurs. L’art du graffiteur est aussi d’être présent dans la ville sans que la population ne s’en rende compte. C’est en se faisant oublier que le graffiti trouvera enfin toute sa légitimité et passera du statut « agression visuelle » à celui « d’art urbain».

 

Eric Marlot

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